« Écouter, juste écouter »



      Un matin de bonne heure, comme tous les jours, Bouddha a mis sa deuxième robe, a pris son bol d’offrande, et il est sorti pour mendier sa nourriture de la journée. A l’époque, il passait tout l’été à Shrasvati, à Jetevana, où Bouddha avait donné quatre-vingts pour cent des enseignements du Canon pāli. Si vous allez en Inde visiter cet endroit extraordinaire où Bouddha a vécu plus de 25 vaṁsa ? de sa vie, vous constaterez qu’il y a encore une inspiration très forte dans ce lieu. Il y a encore l’emplacement de sa chambre dans les ruines de l’endroit où il vivait. À côté, il y a encore aujourd’hui le puits d’eau chaude pure avec laquelle Bouddha prenait le bain. Dans ce temple qui s’appelle « Jetavana », à Saravasti, on dit que Bouddha a prêché 84.000 parts de ses enseignements. On trouve beaucoup d’histoires dans la littérature bouddhique, qui sont en lien direct avec ce lieu et avec ces suttas. Beaucoup d’événements s’y sont passés, avec le Bouddha et les disciples de Bouddha, les laïcs, hommes et femmes.

Ce jour-là, quand Bouddha est parti mendier sa nourriture comme il le faisait habituellement, un vieux moine âgé a couru vers lui et lui a demandé : « Vénérable, je suis un moine déjà âgé, un vieux, je ne crois pas pouvoir rester encore longtemps, ma vie est courte. J’ai envie de consommer le fruit de la pratique enseignée par le Bouddha. Mais je ne peux pas faire beaucoup de choses, je suis vraiment âgé et je n’ai pas le temps de faire de longues pratiques. Est-ce que vous pourriez me donner une technique très efficace dans une courte période, quelque chose qui me permette de profiter rapidement des conséquences favorables. »

Bouddha disait : « Bhikkhu, je suis en train de mendier ma nourriture. Il ne faut pas parler maintenant. » Normalement, le Bouddha ne parlait jamais dans la rue en marchant. Même pour nous, Bouddha disait : « Si vous marchez dans la rue, vous ne devez pas parler afin de respecter le silence. Pour donner l’enseignement, il faut rester assis quelque part tranquillement, l’esprit serein et respectueux. Bouddha lui dit : « Attendez un petit peu je vais vous donner une technique. » Il n’écoutait pas ; il a dit « Vénérable, je sais que je vais mourir bientôt, je ne pourrais pas attendre. Est-ce que vous pourriez me donner quelque chose, quelques lignes, quelques petites lignes ? Qu’est-ce que je devrais faire pour consommer le fruit de l’enseignement et des pratiques du Bouddha ? » « Non Bikkhu, vous devez attendre que j’ai fini de mendier ma nourriture, et que je sois assis sous un arbre pour parler tranquillement. »

Il s’est vraiment précipité, il a dit « Non, vénérable, j’ai vraiment envie de savoir quelque chose, je suis un peu coincé, je ne suis pas tranquille. Est-ce que vous pourriez me donner quelques enseignements qui soient vraiment efficaces ; quelque chose que je pourrais pratiquer rapidement et qui me permettrait de trouver mon bonheur spirituel ? » Alors, devant son insistance, le Bouddha a trouvé un endroit favorable pour s’assoir sous un arbre, le vieux moine à sa droite. Bouddha a commencé à parler :

      « Je suis d’accord avec vous, vous êtes âgé. Vous n’avez pas fait de pratique pendant toutes ces années pour être vraiment tranquille. Je vais quand même vous enseigner quelque chose. Le Bouddha lui a dit : « Ecoutez, juste pour l’action d’écouter (en pāli « …. »). Ecoutez non pas pour absorber, pas pour avoir quelque chose, pas pour réagir, pas pour laisser vagabonder votre état mental. Écoutez c’est tout. Écoutez. En pāli : « … ». Regarder quelque chose juste regarder, pas pour laisser ancrer de traces dans votre état mental. Ne laissez pas installer ou ancrer ou graver les traces de vos pensées ou de vos émotions selon la chose que vous écoutez, selon la chose que vous voyez, selon la chose que vous sentez, selon la chose que vous touchez. Laissez Juste passer ; cela va passer naturellement. Ne laissez pas graver de traces. Parce que vous avez déjà des milliers et des milliers de traces que vous avez accumulées pendant vos cycles de continuité, vos autres périodes d’existence de la vie. Il ne faut pas y revenir. C’est complètement et durablement ancré, solidement installé. Il y a beaucoup de traces : la jalousie, la malveillance, la colère, la stupidité, l’avidité. Il y a beaucoup de traces qui sont toutes stockées dans notre subconscient. Elles sont toujours là, dans votre subconscient. Alors ne gravez pas encore des traces stupidement ; ça suffit. Alors, moine, je vous demande juste « … ditamatha », juste regarder, regarder juste pour regarder, pas pour attacher, pas pour refuser, pas pour absorber, pas pour laisser vagabonder et vous faire encore du cinéma par rapport aux choses que vous voyez ; vous vous faites toujours du cinéma en laissant les choses vagabonder loin, loin, loin. Vous êtes ici et votre esprit va loin, loin, loin, loin, loin. Et vous ne savez pas où il va, ni jusqu’où il va vagabonder. Toutes les mémoires, toutes les traces que vous avez déjà accumulées, vont faire un grand cinéma et aller loin, loin, loin, loin. Votre esprit n’est pas avec vous. Il vous laisse ici. Il y va tout seul. Il ne va pas vous emmener avec lui. C’est comme ça avec votre état mental. Il n’est pas encore bien discipliné. C’est la raison de pratiquer le développement de notre état mental. Alors Bouddha disait à ce moine : « Écoutez juste pour l’action d’écouter, c’est tout. Ne laissez se graver aucune trace ; ne laissez aucune remarque s’ajouter à votre écoute ; juste écouter pleinement ce que vous écoutez, et écoutez dans le moment présent les choses que vous écoutez. Ne rien attacher, ne rien refuser, ne rien embrasser : juste observer directement votre perception. Regardez de la même manière, écoutez de la même manière, sentez de la même manière, goûtez de la même manière, et ayez le contact physique juste pour l’instant présent, vous sentez juste directement de quel contact physique il s’agit. Ne laissez pas vagabonder votre conscience mentale, et avoir encore d’autres désirs, d’autres attachements, d’autres avidités, d’autres conséquences favorables ou défavorables. Juste ici dans l’instant présent. C’est dans cet esprit que Bouddha a dit cela au moine qui était très content. Il est resté assis ainsi quelque part et a commencé à faire la pratique. Il entend beaucoup de bruits, il a senti beaucoup de choses, il a revécu beaucoup de choses différentes de sa vie. Tout a commencé à sortir comme du cinéma mental. Il a regardé. Il n’était pas perturbé à cause des choses qu’il a vues, ou des choses qu’il a entendues, ou des choses qu’il a écoutées. Il n’a pas laissé son mental se disperser. Il était là ! Il était dans l’instant présent ! Pleinement avec sa conscience. Il voit, il écoute, il sent, il goûte, il a un contact physique : tout est là avec les sens, avec les cinq facultés de perception ; on ne devrait pas laisser ancrer de traces. Juste être là, regarder, écouter, sentir, goûter, avoir des contacts physiques. Vous êtes toujours là. Vous ne devez pas vous laisser perturber, bouleverser. » Le moine était très content. Il a commencé à pratiquer la méditation, assis sous un arbre. Comme il a dit, il était âgé et ne pourrait pas faire de longues pratiques. Ça, c’est la meilleure technique de méditation que Bouddha lui a donnée pour faire la pratique du développement mental ; d’avancer sur son chemin personnel vers la libération de ses souffrances, vers la purification de ses phénomènes mentaux perturbateurs. Il a eu très rapidement des conséquences bénéfiques. Il est devenu Arahant, un être parfait, grâce à cette pratique concrète. Il s’est intégralement immergé dans la pratique, et il a pu consommer les fruits de sa pratique. Bouddha disait : « Il faut observer sans laisser les perceptions vous gouverner ». Ça c’est vraiment l’enseignement du Bouddha. Nous avons déjà vu beaucoup de choses, écouté des milliers de choses, senti beaucoup de choses, goûté beaucoup de choses, nous sommes entrés en contact avec beaucoup de choses. Vous ne restez pas tranquille, toujours perturbé, bouleversé ; votre état mental est agité par des phénomènes mentaux perturbateurs ; vous voulez toujours réagir. Vous devrez rester sans réagir. Juste observer tout cela. La seule réaction que vous devriez avoir, c’est d’observer, c’est tout ! Si vous pouvez vraiment faire cette pratique aujourd’hui, rien qu’observer, vous allez trouver la sérénité mentale, le bonheur durable, la confiance sereine, et votre état mental va vraiment trouver la paix. Ça c’est l’enseignement du Bouddha. Le moine était très, très, très content. Il a réussi à consommer le fruit de la pratique. Il est devenu Arahant.

Voilà, je vous souhaite de mettre en pratique cet enseignement.


     Vénérable Dhammika Tawalama
CBI de Genève
01 janvier 2018