« Écouter, juste écouter »



      Un matin de bonne heure, comme tous les jours, Bouddha a mis sa deuxième robe, a pris son bol d’offrande, et il est sorti pour mendier sa nourriture de la journée. A l’époque, il passait tout l’été à Shrasvati, à Jetevana, où Bouddha avait donné quatre-vingts pour cent des enseignements du Canon pāli. Si vous allez en Inde visiter cet endroit extraordinaire où Bouddha a vécu plus de 25 vaṁsa ? de sa vie, vous constaterez qu’il y a encore une inspiration très forte dans ce lieu. Il y a encore l’emplacement de sa chambre dans les ruines de l’endroit où il vivait. À côté, il y a encore aujourd’hui le puits d’eau chaude pure avec laquelle Bouddha prenait le bain. Dans ce temple qui s’appelle « Jetavana », à Saravasti, on dit que Bouddha a prêché 84.000 parts de ses enseignements. On trouve beaucoup d’histoires dans la littérature bouddhique, qui sont en lien direct avec ce lieu et avec ces suttas. Beaucoup d’événements s’y sont passés, avec le Bouddha et les disciples de Bouddha, les laïcs, hommes et femmes.

Ce jour-là, quand Bouddha est parti mendier sa nourriture comme il le faisait habituellement, un vieux moine âgé a couru vers lui et lui a demandé : « Vénérable, je suis un moine déjà âgé, un vieux, je ne crois pas pouvoir rester encore longtemps, ma vie est courte. J’ai envie de consommer le fruit de la pratique enseignée par le Bouddha. Mais je ne peux pas faire beaucoup de choses, je suis vraiment âgé et je n’ai pas le temps de faire de longues pratiques. Est-ce que vous pourriez me donner une technique très efficace dans une courte période, quelque chose qui me permette de profiter rapidement des conséquences favorables. »

Bouddha disait : « Bhikkhu, je suis en train de mendier ma nourriture. Il ne faut pas parler maintenant. » Normalement, le Bouddha ne parlait jamais dans la rue en marchant. Même pour nous, Bouddha disait : « Si vous marchez dans la rue, vous ne devez pas parler afin de respecter le silence. Pour donner l’enseignement, il faut rester assis quelque part tranquillement, l’esprit serein et respectueux. Bouddha lui dit : « Attendez un petit peu je vais vous donner une technique. » Il n’écoutait pas ; il a dit « Vénérable, je sais que je vais mourir bientôt, je ne pourrais pas attendre. Est-ce que vous pourriez me donner quelque chose, quelques lignes, quelques petites lignes ? Qu’est-ce que je devrais faire pour consommer le fruit de l’enseignement et des pratiques du Bouddha ? » « Non Bikkhu, vous devez attendre que j’ai fini de mendier ma nourriture, et que je sois assis sous un arbre pour parler tranquillement. »

Il s’est vraiment précipité, il a dit « Non, vénérable, j’ai vraiment envie de savoir quelque chose, je suis un peu coincé, je ne suis pas tranquille. Est-ce que vous pourriez me donner quelques enseignements qui soient vraiment efficaces ; quelque chose que je pourrais pratiquer rapidement et qui me permettrait de trouver mon bonheur spirituel ? » Alors, devant son insistance, le Bouddha a trouvé un endroit favorable pour s’assoir sous un arbre, le vieux moine à sa droite. Bouddha a commencé à parler :

      « Je suis d’accord avec vous, vous êtes âgé. Vous n’avez pas fait de pratique pendant toutes ces années pour être vraiment tranquille. Je vais quand même vous enseigner quelque chose. Le Bouddha lui a dit : « Ecoutez, juste pour l’action d’écouter (en pāli « …. »). Ecoutez non pas pour absorber, pas pour avoir quelque chose, pas pour réagir, pas pour laisser vagabonder votre état mental. Écoutez c’est tout. Écoutez. En pāli : « … ». Regarder quelque chose juste regarder, pas pour laisser ancrer de traces dans votre état mental. Ne laissez pas installer ou ancrer ou graver les traces de vos pensées ou de vos émotions selon la chose que vous écoutez, selon la chose que vous voyez, selon la chose que vous sentez, selon la chose que vous touchez. Laissez Juste passer ; cela va passer naturellement. Ne laissez pas graver de traces. Parce que vous avez déjà des milliers et des milliers de traces que vous avez accumulées pendant vos cycles de continuité, vos autres périodes d’existence de la vie. Il ne faut pas y revenir. C’est complètement et durablement ancré, solidement installé. Il y a beaucoup de traces : la jalousie, la malveillance, la colère, la stupidité, l’avidité. Il y a beaucoup de traces qui sont toutes stockées dans notre subconscient. Elles sont toujours là, dans votre subconscient. Alors ne gravez pas encore des traces stupidement ; ça suffit. Alors, moine, je vous demande juste « … ditamatha », juste regarder, regarder juste pour regarder, pas pour attacher, pas pour refuser, pas pour absorber, pas pour laisser vagabonder et vous faire encore du cinéma par rapport aux choses que vous voyez ; vous vous faites toujours du cinéma en laissant les choses vagabonder loin, loin, loin. Vous êtes ici et votre esprit va loin, loin, loin, loin, loin. Et vous ne savez pas où il va, ni jusqu’où il va vagabonder. Toutes les mémoires, toutes les traces que vous avez déjà accumulées, vont faire un grand cinéma et aller loin, loin, loin, loin. Votre esprit n’est pas avec vous. Il vous laisse ici. Il y va tout seul. Il ne va pas vous emmener avec lui. C’est comme ça avec votre état mental. Il n’est pas encore bien discipliné. C’est la raison de pratiquer le développement de notre état mental. Alors Bouddha disait à ce moine : « Écoutez juste pour l’action d’écouter, c’est tout. Ne laissez se graver aucune trace ; ne laissez aucune remarque s’ajouter à votre écoute ; juste écouter pleinement ce que vous écoutez, et écoutez dans le moment présent les choses que vous écoutez. Ne rien attacher, ne rien refuser, ne rien embrasser : juste observer directement votre perception. Regardez de la même manière, écoutez de la même manière, sentez de la même manière, goûtez de la même manière, et ayez le contact physique juste pour l’instant présent, vous sentez juste directement de quel contact physique il s’agit. Ne laissez pas vagabonder votre conscience mentale, et avoir encore d’autres désirs, d’autres attachements, d’autres avidités, d’autres conséquences favorables ou défavorables. Juste ici dans l’instant présent. C’est dans cet esprit que Bouddha a dit cela au moine qui était très content. Il est resté assis ainsi quelque part et a commencé à faire la pratique. Il entend beaucoup de bruits, il a senti beaucoup de choses, il a revécu beaucoup de choses différentes de sa vie. Tout a commencé à sortir comme du cinéma mental. Il a regardé. Il n’était pas perturbé à cause des choses qu’il a vues, ou des choses qu’il a entendues, ou des choses qu’il a écoutées. Il n’a pas laissé son mental se disperser. Il était là ! Il était dans l’instant présent ! Pleinement avec sa conscience. Il voit, il écoute, il sent, il goûte, il a un contact physique : tout est là avec les sens, avec les cinq facultés de perception ; on ne devrait pas laisser ancrer de traces. Juste être là, regarder, écouter, sentir, goûter, avoir des contacts physiques. Vous êtes toujours là. Vous ne devez pas vous laisser perturber, bouleverser. » Le moine était très content. Il a commencé à pratiquer la méditation, assis sous un arbre. Comme il a dit, il était âgé et ne pourrait pas faire de longues pratiques. Ça, c’est la meilleure technique de méditation que Bouddha lui a donnée pour faire la pratique du développement mental ; d’avancer sur son chemin personnel vers la libération de ses souffrances, vers la purification de ses phénomènes mentaux perturbateurs. Il a eu très rapidement des conséquences bénéfiques. Il est devenu Arahant, un être parfait, grâce à cette pratique concrète. Il s’est intégralement immergé dans la pratique, et il a pu consommer les fruits de sa pratique. Bouddha disait : « Il faut observer sans laisser les perceptions vous gouverner ». Ça c’est vraiment l’enseignement du Bouddha. Nous avons déjà vu beaucoup de choses, écouté des milliers de choses, senti beaucoup de choses, goûté beaucoup de choses, nous sommes entrés en contact avec beaucoup de choses. Vous ne restez pas tranquille, toujours perturbé, bouleversé ; votre état mental est agité par des phénomènes mentaux perturbateurs ; vous voulez toujours réagir. Vous devrez rester sans réagir. Juste observer tout cela. La seule réaction que vous devriez avoir, c’est d’observer, c’est tout ! Si vous pouvez vraiment faire cette pratique aujourd’hui, rien qu’observer, vous allez trouver la sérénité mentale, le bonheur durable, la confiance sereine, et votre état mental va vraiment trouver la paix. Ça c’est l’enseignement du Bouddha. Le moine était très, très, très content. Il a réussi à consommer le fruit de la pratique. Il est devenu Arahant.

Voilà, je vous souhaite de mettre en pratique cet enseignement.


     Vénérable Dhammika Tawalama
CBI de Genève
01 janvier 2018

CBI 20171215 Bhante Dhammika Enseignement 3 stades (Texte)


Engagement, Conséquences et Émancipation
(« Assada », « Ᾱdīnava » et Nissarana)


Extrait d’un enseignement donné le 16 décembre 2017
Au Centre Bouddhiste International de Genève


« Lorsque nous réfléchissons sur la vie de Bouddha Siddhārta, selon le texte, on peut considérer trois périodes ou bien trois étapes principales : une période princière, une période ascétique et une période d’un être éveillé. …
Quelles sont ces trois périodes ?
La première période, on dit « assada » : « engagement » dans la vie pour profiter de ses plaisirs. « Assadha » désigne l’attitude essentielle de Siddhārta dans la période où il était bien engagé dans les plaisirs de la vie, en tant que roi, en tant que prince en tant. Et aussi, à la fin de cette période où, pendant six ans de mortifications du corps, à l’extrême, il a tenté de trouver la joie de la vie par la mortification de soi. Cette période est appelée « assada », « engagement ».
Après l’expérience de l’engagement dans la recherche des plaisirs de la vie, la deuxième période désigne celle durant laquelle il a pris conscience des conséquences de ses choix précédents. Cette deuxième période où il a commencé à voir les conséquences est désignée par le terme « sutamaya paññā » car il a accumulé des connaissances qu’il a trouvée par les livres, par l’écoute des enseignements, et par l’expérience de la vie qu’il connaît bien. Il a alors accumulé énormément de connaissances. Comme nous avons actuellement nous-mêmes. Vous avez beaucoup de connaissances, car vous lisez beaucoup, vous écoutez beaucoup, vous entendez beaucoup de choses. Grâce à ça nous accumulons une sagesse par une connaissance livresque. Pendant la période d’engagement dans les plaisirs de la vie, en tant que prince, il atteint une grande maîtrise totale de la connaissance de tous. En écoutant et en lisant les livres ; la connaissance est totalement livresque et obtenue par l’écoute de nombreux enseignements. « Sutamaya paññā » désigne cette deuxième période.
Dans cette deuxième période de sa vie, il a commencé à voir les choses telles qu’elles se présentent comme conséquences bonnes et mauvaises, il avait une connaissance intellectuelle « Chintāmaya paññā » « sagesse intellectuelle ». Nous sommes tellement remplis de connaissances par intellectualité et par la connaissance de livresque. Il a beaucoup de connaissances intellectuelles et aussi livresques « Chintāmaya paññā ». Lorsque vous avez rempli cette connaissance intellectuelle, vous avez toujours envie d’en débattre, d’argumenter et de comparer assez fortement ; on ne peut pas rester tranquille ; on a toujours envie d’argumenter et de débattre des choses rationnelles. Jamais fatigué de discuter, d’argumenter. Ça c’est la nature des connaissances intellectuelles. Siddhārta aussi il a fait la même chose. Pendant la période où il a accumulé la connaissance intellectuelle, « Chintamaya paññā », là c’est la deuxième période qui nous concerne. La connaissance des concepts, au-delà des expériences qu’il a vécues ; des choses très compliquées peut-être, grâce à l’intellectualité, la connaissance intellectuelle. C’est une période de conséquences, quand il a commencé à voir les choses qui ont des conséquences bonnes et mauvaises. Grâce à ces connaissances intellectuelles, grâce à la deuxième période, on dit « voir les conséquences ».
Après cette deuxième période, il a eu la possibilité d’aller émanciper les gens ; aller au-delà des choses qu’il a expérimentées. On dit « Nissarana », « émancipation ». Ces trois périodes sont importantes. D’abord pour « assada », « engagement dans la vie ». Grâce à ces connaissances acquises lors de cet engagement, on peut voir les conséquences. Quand vous avez commencé à voir les causes des conséquences bonnes et mauvaises, vous allez naturellement avancer votre faculté intellectuelle dans l’étape de l’émancipation « Nissarana ».
« Assada » « Ᾱdīnava » et « Nissarana », ce sont les trois périodes. « Assāda », engagement pour les joies de la vie. Et grâce à ça, vous commencez à voir les conséquences. Lorsque vous voyez les conséquences, voilà, vous êtes qualifié pour aller vers l’émancipation. C’est ce qu’à fait Bouddha avec son illusion, quand il est devenu un être éveillé ; avec toute l’expérience qu’il a vécue, il a vu la conséquence. Tout d’abord il a eu une vie de luxe, vraiment de luxe en tant que prince. On ne peut pas imaginer quelle sorte de vie agréable, luxueuse il a vécu, en tant que prince. C’est la période d’assāda qu’on doit considérer.
Dans la deuxième période, il a commencé à imaginer, à voir. Il a commencé à réfléchir avec la connaissance intellectuelle. Il avait beaucoup de lacunes mentales. Il a eu beaucoup de débats, avec lui-même, avec son esprit, par rapport à sa propre expérience. À l’âge de 35 ans, il a vraiment commencé à émanciper le public. Il a eu une émancipation totale à l’âge de 35 ans, en tant que personne ne qui devient un être éveillé. Quand on voit les conséquences on est plus léger, on va oser, on va être qualifier d’être « émancipé », un être qui ose « aller vers l’émancipation ».
Ça fait trois périodes de parcours de la vie de Bouddha. Pendant cette période « assādā », il a eu beaucoup de connaissances livresques, de sagesse livresque, par les livres, par l’étude, par l’écoute des vies quotidiennes diverses. Et puis, il a commencé à encore avancer sa connaissance, par la connaissance intellectuelle. Il pense beaucoup, il réfléchit beaucoup. Il fait beaucoup de débats, pas seulement avec lui-même, mais aussi avec les autres, avec ses cinq compagnons, qui sont autour de lui. Il a fait beaucoup de connaissances intellectuelles. Avec ça, il a essayé d’analyser les choses, trouver des choses dans le sens rationnel.  
Nous sommes tous dans ces deux connaissances. Nous sommes beaucoup dans la connaissance livresque. Nous sommes beaucoup aussi dans la connaissance intellectuelle. Ces deux choses, vraiment, c’est important, c’est utile, mais quand même, les choses qui sont vraiment primordiales, lorsque vous avez tellement de connaissances, vous allez toujours commencer à faire des débats, à dire que vous êtes la meilleure ; de telle sorte, qu’il y a des comparaisons, vous aller comparer. Il n’y a que des fiertés qui augmentent. On dit « mana », « fierté ». Vous êtes fier de vous parce que vous connaissez beaucoup de choses. Votre tête est remplie ; vous avez une « grosse tête » ! Comme Siddhārta, vous avez écouté beaucoup de choses ; vous avez remplis votre tête avec la connaissance. Mais il n’y a vraiment que la fierté qui augmente, « mana », sagesse « paññā », connaissance intellectuelle. Vous allez comme toujours, essayer de faire le débat avec les autres. Vous allez toujours analyser les choses. Vous n’êtes pas tranquille. Mais vraiment on va encore essayer d’aller faire beaucoup de débats avec l’intention d’essayer de se comparer avec les autres. Vous allez toujours, toujours, penser que vous êtes le meilleur et pas les autres. C’est la nature de la connaissance intellectuelle.
Pendant ces deux périodes, « assāda », engagement dans les joies de la vie, et « adhinava », lorsque vous avez compris les conséquences, vous avez rempli ces deux connaissances : livresque et intellectuelle. Le bouddhisme n’accorde pas beaucoup de place pour ces belles connaissances intellectuelle et livresque, parce que vous avez rempli la tête ; vous avez fait un bon stockage de la connaissance, qui va vous déranger, qui va vous augmenter la fierté ; augmenter encore des souillures mentales avec des connaissances. Vous n’êtes pas libre. Vous êtes toujours « engagé » dans les plaisirs de la vie.
La troisième période : « émancipation ». Avec toutes les conséquences de toutes les choses que vous avez vécues comme expériences, vous avez bien avancé, vous avez bien envie d’aller au-delà, pour trouver l’« émancipation" ou « libération » : « Nissārana ». C’est comme ça que Bouddha est devenu un être éveillé. Siddhārta est devenu un être éveillé parce qu’il a vraiment passé ces trois périodes, comme il faut.
Alors cette troisième connaissance dont nous bénéficions aujourd’hui, à notre époque, c’est d’avoir la connaissance expérimentale « bhāvanā-maya-paññā ». C’est la sagesse que nous trouvons par notre propre pratique. C’est vraiment la connaissance de notre sagesse que nous trouvons avec la pratique, avec l’expérience personnelle. Par investigation directe comme l’a fait le Bouddha ; par expérience directe. Ce n’est pas l’expérience que vous trouvez dans la connaissance livresque ; ni par l’intellectualité. C’est vraiment votre propre expérience : « bhāvanāmaya-paññā », la sagesse expérimentale. Lorsque vous arrivez à cet état, d’avoir cette sagesse expérimentale, vous êtes comme une branche d’arbre qui est pleine de fruits, de beaucoup de fruits, qui commence à se courber vers le sol. Vous allez être beaucoup plus flexible, voyez, comme une branche d’arbre qui a beaucoup de fruits, elle ne pourrait pas rester en l’air, mais elle va descendre, elle va plier, elle va être humblement courbée. Vous allez commencer à avoir cette qualité d’humilité, d’être humble en tant qu’humain. Vous n’allez pas avoir la fierté ; vous êtes très simple. Vous savez ce que c’est que quelqu’un très simple, flexible et qui a beaucoup d’humilité ?
Alors, première connaissance, la connaissance intellectuelle et la connaissance livresque, qui a pleinement rempli la tête ; il y a beaucoup de stockage des connaissances, c’est vrai, mais il y a toujours une grande fierté. Lorsque vous avez expérimenté par votre propre mental, eh bien, vous allez commencer à vouloir aller au-delà de la connaissance. Vous êtes quelqu’un de simple, vous êtes quelqu’un d’agréable. Vous êtes quelqu’un de bien avec beaucoup de flexibilité. Ça c’est la différence entre la connaissance livresque et intellectuelle, et la connaissance expérimentale. Une grande différence. Vous ne voulez pas vous limiter par des connaissances illusoires ; vous voyez les choses telles qu’elles se présentent ; il n’y a pas de discussion ; il n’y a pas de débats ; il n’y a pas d’argumentation ; il n’y a pas de spéculation mentale. Il n’y a plus de différence entre chaud et froid, entre noir et blanc. Il n’y a pas de différence. Vous allez commencer à voir les choses telles qu’elles se présentent. C’est là, vraiment la connaissance de la vision panoramique ; de la vision que nous trouvons par la pratique de l’inspection profonde « vipassana », « vipassana », « vipassana ».
Ok ? C’est ça, vraiment que nous devrions faire. Alors, Bouddha a vécu tout cela, et puis c’est comme ça qu’il a eu l’émancipation enfin, en tant qu’une personne comme être éveillé, illuminé. C’est ça ! C’est très important ça ! Les connaissances livresques, les connaissances intellectuelles. Nous sommes beaucoup, beaucoup, remplis de ces deux domaines de connaissances. Plus vous avez rempli votre tête par la connaissance livresque et intellectuelle, moins vous avez de sagesse expérimentale. C’est la raison pour laquelle nous sommes encore là, pour méditer encore. Ok ? Alors, il faut que nous essayions vraiment d’approcher de l’attitude de l’arbre dont la branche pleine de fruits est courbée.
La troisième période à considérer : la connaissance ou la sagesse que nous trouvons par notre propre expérience, comme Bouddha a vécu, dans son parcours. C’est très important ! Où il n’y a pas de fierté, où il n’y a pas d’autres souillures mentales. Vous êtes quelqu’un de simple, agréable, vous êtes beau, bon. Vous avez beaucoup de flexibilité. Vous allez être tel quel avec toutes les conséquences. Vous allez essayer d’adopter ou d’accepter toutes les choses à tous les niveaux, de toutes les manières qu’elles viennent. Vous ne voyez pas la différence. Vous ne voulez pas comparer. Vous êtes là. C’est vraiment accepter en tant qu’être humain. On dit un être humain « noble ». Pas un être humain ordinaire. Vous êtes déjà Arahant. Vous êtes déjà vraiment allé au-delà de la vie quotidienne. Au-delà de toutes les connaissances que vous avez vécues en tant qu’humain, actuellement. C’est la raison pour laquelle la méditation est très importante. C’est seulement par la pratique que vous pouvez expérimenter cette troisième sagesse très importante, qui va au-delà, du niveau de notre expérience ordinaire personnelle ; la sagesse expérimentale ou sagesse des propres connaissances que nous ne trouvons pas autrement que par la pratique de la méditation.  Comme l’expérience directe qu’a pu faire le bouddha.
Si vous n’avez pas vécu l’expérience d’engagement(Assada) vous ne pourriez pas voir les conséquences, (Adinava) et si vous n’avez pas vu les conséquences, c’est évident vous ne pourriez pas émanciper. (Nissarana) Emancipation est possible lorsque vous voyez les conséquences suffisent.   

Ainsi, il y a trois sortes d’expériences : engagement, conséquences et émancipation. Tout d’abord, Assada, l’engagement dans les plaisirs de la vie, la première étape ; Ᾱdīnava , la compréhension des conséquences ; et la troisième étape, la plus avancée, la plus importante, on s’est émancipé ; émancipation. Comme dans cette période-là, on doit oser expérimenter toutes les trois connaissances, les trois sagesses. Tout d’abord sagesse livresque, sagesse intellectuelle et sagesse expérimentale. Lorsque vous allez commencer à expérimenter bhāvanā, sagesse bhāvanāmay paññā, vous êtes déjà comme un bouddha, vous êtes déjà comme un arahant, un être qui commence à être éveillé. C’est ça les trois choses très importantes selon la pensée de Bouddha : assada, adhinava et nissarana ; engagement, conséquences et émancipation. Les trois connaissances, connaissance livresque, connaissance intellectuelle, nous avons pleinement rempli ces deux connaissances, c’est vrai, intellectuellement, vous êtes encore en train d’essayer d’analyser les choses, de faire des débats. Il y a beaucoup de désagrément mental ; on a toujours envie de prouver et de montrer quelque chose parce qu’on est meilleur(e) que les autres. C’est la conséquence que nous voulons vraiment être quelque chose. Il y a une grande fierté en nous et au-dessus de nous, en nous par rapport à notre connaissance, par rapport à nous, parce que nous existons, donc j’ai une énorme fierté. Mais la troisième connaissance est la plus importante, c’est la connaissance expérimentale « bhāvanāmaya-paññā ».
Lorsque vous commencez à expérimenter avec la pratique, « bhāvanā-maya-paññā », vous allez commencer, là, à approcher vraiment de la vraie nature. Vous êtes quelqu’un comme un arbre, ou quelque chose comme un objet qui accepte tout : les brûlures, le soleil, et tout, toutes les conséquences que vous voulez expérimenter. Vous êtes là. Vous êtes bien adapté. Vous allez être avec tout. Il n’y a pas de perturbation mentale. Il n’y a pas de bouleversement mental. Vous êtes là. Avec le sourire, avec un beau sourire. Merci beaucoup.


Bhante Dhammika Tawalama
CBI de Genève
16 décembre 2017

Enseignement de Bhante Dhammika
Sur l’Importance de la pratique de la méditation

(Centre Bouddhiste International de Genève, le mardi 17 octobre 2017)

Tout le monde s’occupe de la santé de son corps, mais il n’y a pas beaucoup de gens qui pensent à soigner aussi leur esprit. Bouddha disait : « il faut soigner notre esprit comme nous soignons notre corps ». La seule manière c’est de cultiver notre mental « bhāvanā ».
Il y a bien d’autres chose à faire aussi pour cultiver notre mental : la générosité, la compassion, la charité, etc. Mais si nous ne méditons pas, que nous ne pratiquons pas, comme nous faisons n’importe quelle autre chose de la vie quotidienne, alors, on ne soigne pas bien notre karma.
C’est pour ça qu’il faut que nous consacrions du temps à la pratique de la méditation, beaucoup de temps, c’est très important. Pas seulement une fois le mardi ou le samedi, mais presque tous les jours. Dès que vous avez un petit moment, nous devrions penser à bien soigner notre mental. Sinon, nous sommes comme les animaux qui n’ont pas le choix.
Nous, nous sommes nés en temps qu’humains. C’est une condition favorable pour soigner notre propre esprit, pour soigner notre mental. Si nous ne le faisons pas, nous ne profitons pas dignement de cet état humain.
La particularité de l’état humain, c’est qu’on peut faire beaucoup de choses, mais la meilleure chose que l’on puisse faire est de cultiver notre mental. Nous n’avons pas une attitude vraiment correcte vis-à-vis de notre état d’être humain si nous ne pratiquons pas la méditation, si nous ne consacrons pas un peu de notre temps pour soigner notre esprit comme nous soignons notre corps. On devrait vraiment consacrer beaucoup de temps à la méditation.
On peut lire ou écouter beaucoup de choses. Mais ces deux choses ne sont pas suffisantes pour soigner notre esprit. Je veux dire que la sagesse livresque ou intellectuelle apporte des connaissances, pas de la sagesse. Bouddha disait : « Non ! ça ne suffit pas ! Il faut pratiquer la méditation, « bhāvanā ». Il faut cultiver votre mental si vous voulez vraiment bien soigner votre esprit.
C’est la raison pour laquelle le premier verset du Dhammapada nous dit que « l’esprit est à l’origine de tout ». Selon la pensée bouddhiste. C’est nous, nous-même… c’est notre état mental qui fait toutes les choses dont le monde est constitué. Nous, bien sûr, mais aussi toutes les choses, tous les objets autour de nous que vous voyez : tout est fait par le pouvoir de notre karma, par le pouvoir de notre mental. Tout provient de notre esprit. Nous sommes les créateurs ; l’esprit est le créateur. Ceci est très important ! Si vous faites quelque chose en ayant un esprit bien soigné, pour parler, pour agir, pour réagir, pour penser. Dès que vous faites quelque chose qui est bénéfique, c’est « kusala » en pâli, « action méritoire ».
Si on fait quelque chose avec un esprit qui n’est pas encore bien soigné, comme pour parler, pour agir ou pour réagir, cela devient des choses « akusala », des actions déméritoires, des actions défavorables. Si on ne fait que ça, nous continuons inlassablement dans notre cycle insatisfaisant, le « samsara », successions de situations conditionnées qui s’enchaînent les unes aux autres.
C’est la raison pour laquelle Bouddha disait que, si nous ne faisons rien pour améliorer notre mental, nos actions sont alors « kusala » et « akusala ». Mais si nous soignons profondément notre esprit, alors nos actions ne seront plus « kusala » ou « akusala », mais seulement « kusala ».
C’est la pratique de méditation « Vipassanā », la « vision pénétrante ». Si vous observez les choses au lieu de les saisir mentalement pour en faire n’importe quoi, alors votre mental ne sera plus l’esclave de vos conditionnements erronés. Cultiver votre mental, c’est commencer à voir les choses telles qu’elles sont. C’est la raison pour laquelle nous devons méditer et bien soigner notre esprit, pour ne faire que des actions « kusala ».
Il y a beaucoup de souillures mentales qui conditionnent notre karma : la malveillance, l’avidité, l’avarice, la haine, l’orgueil, la jalousie, la suspicion, etc., qui sont autant d’activités « akusala », « déméritoires », « néfastes ».  
On peut parler des bonnes actions « kusala », « méritoires », « bénéfiques », que nous devons nous efforcer de faire, telles que la générosité, la bienveillance, la compassion, la patience, mais cela ne suffirait pas, car il convient également d’essayer de ne plus faire de mal, de ne plus faire d’actions « akusala ». « Essayer de ne plus faire de mal ; nous efforcer de faire le bien ; cultiver notre esprit », tel est l’enseignement de la psychologie bouddhique enseignée par Siddhārta Gautama.
Lorsque nous méditons, et que nous commençons à bien soigner notre mental, à faire des « actions kusala », avec de bonnes pensées, avec des actions méritoires, etc. nous irons progressivement au-delà, arrivant au stade où nous ne faisons plus ni kusala, ni akusala, et où il deviendra naturel d’observer les choses telles qu’elles sont.  
Afin de nous rendre compte par nous-même si cela est vraiment parfait, nous devons expérimenter ces connaissances et ces pratiques. C’est pour cela que nous devons méditer ; pour avoir une bonne compréhension des possibilités de remédier à nos connaissances et à nos comportements inadaptés, causes de nos souffrances ; et pour cultiver les connaissances et les comportements bénéfiques, causes de notre bonheur.
C’est aussi pour cela que vous devriez méditer plus souvent.


Bhante Dhammika Tawalama
CBI de Genève
17 octobre 2017

L’enseignement du Bouddha  pour  les occidentaux

Lorsque le Dalai Lama est venu à Genève sur invitation de la cathédrale Saint Pierre, après le grand discours du Dalai Lama,  l'Abbé Pierre  a  fait un discours de remerciement. Il a dit dans son intervention : «  Je révère le Dalai Lama depuis 30 ans mais je n’ai pas changé ma religion. »  
 Il a alors donné un très beau message à toute la société occidentale.  Vous ne devriez rien changer à ce dont vous avez bénéficié par votre héritage et par votre culture. Changer la religion de quelqu’un peut être dangereux selon le Dalai Lama.  C’est-à-dire qu'on ne devrait  pas changer l'identification nécessaire dont nous avons hérité. La tradition judéo-chrétienne  a apporté mainte chose bénéfique et favorable à notre société occidentale et elle en apportera encore certainement à l'avenir.
Mais vous pouvez avoir un esprit ouvert pour vous inspirer de bonnes choses favorables de n’importe quelle religion ou philosophie. Cette capacité de l’esprit est un avantage dont tous les humains profitent. Donc nous avons le droit de profiter de  cette  capacité mentale. Il n'y a aucun risque à réagir de cette manière en tant qu'être humain intelligent.
Fondamentalement, l'enseignement du Bouddha n'est pas considéré comme une religion selon les critères définissant la religion, bien que certains points religieux aient été intégrés quelque  centaines d’années après la disparition du Bouddha historique.   Donc, encore influencés par  le facteur fondamental nous pouvons respecter les  qualités  du bouddhisme ancien. Certains disent que le bouddhisme est une philosophie et d'autres  disent que c’est une manière de vivre ou un art de vivre ou une religion, pourquoi pas ? Toutes ces connotations sont correctes selon le niveau de compréhension de chaque individu.
En tant que moine et pratiquant qui ai vécu toute ma vie depuis l’âge de dix ans et demi en  contact avec l'enseignement du Bouddha  ce que j’ai constaté personnellement avec mon expérience, c'est que le bouddhisme est pour moi quelque chose comme une science du bonheur  ou bien la science de la paix.
Et encore puisqu'il n’est pas une religion il n’a jamais existé dans l’histoire du bouddhisme une manière de conversion possible. Par rapport à la pratique bouddhique  le mot conversion n’a pas de sens. C’est quelque chose d'individuel.
Donc vous pouvez écouter et même pratiquer certains enseignements du Bouddha. Par exemple on pourrait s'inspirer de la pratique de culture mentale dont  l'exemple le plus connu est ‘la méditation’. Afin d’obtenir un esprit tranquille serein et clair, la pratique de la méditation est toujours bénéfique et aussi  bien utile  pour notre bien-être. C’est une raison  favorable de plus d’avoir la connaissance d’autres sagesses spirituelles à côté de notre  tradition.

Et aussi du côté éthique, il y a beaucoup de points communs par rapport à la moralité, la discipline et les conséquences de la vie quotidienne.

 

Votre PRATIQUE est-elle juste...

 

Comment vérifier que votre pratique est juste? (selon le Sattipathana-Sutta )



Le Sutra des quatre Etablissements de l'Attention...


...est un texte fondamental pour l'enseignement de la pratique de la méditation. Cette méthode des quatre établissements de l'attention, nous donne une idée de la grande importance donnée à cette pratique dans ses enseignements durant sa vie. Les enseignements du Bouddha se sont ensuite répandus à travers le monde et leur fondement demeure la pratique de l'observation attentive. Depuis deux mille cinq cent ans, ce sutra a été étudié, pratiqué et transmis de générations en générations avec un soin particulier.

Les quatre méthodes d'attention sont : l'attention au
corps, l'attention aux sensations, l'attention à l'esprit, l'attention aux objets de l'esprit (Dhamma).

Dans l'établissement de l'attention fondé sur le corps, le pratiquant est pleinement conscient du souffle, des positions du corps, des actes du corps, des différentes parties du corps, des quatre éléments formant le corps et de la décomposition du corps devenu cadavre.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur les sensations, le pratiquant est pleinement conscient des sensations agréables, désagréables et neutres à mesure qu'elles apparaissent, durent et disparaissent. Il est conscient des sensations ayant une base psychologique et des sensations ayant une base physiologique.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur l'esprit, le pratiquant est pleinement conscient des états d'esprit tels que le désir, la haine, la confusion, la concentration, la dispersion, les formations internes, et la libération.

Dans l'établissement de l'attention fondé sur les objets de l'esprit, le pratiquant est pleinement conscient des cinq agrégats composant une personne (la forme, les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience), des organes des sens et de leurs objets, des facteurs pouvant obstruer la compréhension et la libération, des facteurs pouvant mener à l'Eveil, et des quatre nobles vérités concernant la souffrance et de la libération de la souffrance.


Les méthodes de pratique



Nous pratiquons la pleine conscience afin de réaliser la libération, la paix et la joie dans notre vie quotidienne. Libération et bonheur sont mutuellement liés : s'il y a libération, il y a bonheur, et une plus grande libération apporte un plus grand bonheur. Nous savons que s'il y a libération, la paix et la joie existent au moment présent. Nous n'avons pas besoin d'attendre dix ou quinze ans pour les réaliser. Elles sont à notre portée dès que nous commençons la pratique. Même encore très modérés, ces éléments forment la base d'une libération, d'une paix et d'une joie plus grandes dans l'avenir.

Pratiquer la méditation, c'est regarder avec profondeur afin de voir l'essence des choses. Notre vision profonde et notre compréhension nous permettent de réaliser la libération, la paix, et la joie. Notre colère, notre angoisse et notre peur, par exemple, sont les liens qui nous attachent à la souffrance. Si nous voulons nous en libérer, nous devons observer leur nature : l'ignorance, le manque de compréhension claire.

Comprenant mal un ami, nous serons peut-être en colère contre lui et cette colère nous fera souffrir. Mais examinant avec profondeur ce qui s'est passé, nous pouvons mettre fin au malentendu. Quand nous comprendrons l'autre personne et sa situation, notre souffrance disparaîtra, la paix et la joie naîtront. La première étape est la conscience de l'objet, la seconde est l'observation de l'objet en profondeur pour l'éclairer. L'attention signifie donc la conscience et aussi regarder avec profondeur.

Le terme Pali Sati signifie "arrêter" et "maintenir la conscience de l'objet". Vipassana signifie "aller en profondeur dans l'objet pour l'observer". Pendant que nous sommes pleinement conscients d'un objet et de son observation avec profondeur, la frontière entre le sujet et l'objet deviennent un. Ceci est l'essence de la méditation. Nous ne pouvons comprendre un objet qu'en le pénétrant et en devenant un avec lui. L'observer en restant à l'extérieur ne suffit pas.

C'est pourquoi le Sutra nous rappelle à la conscience du corps dans le corps, des sensations dans les sensations, de l'esprit dans l'esprit et des objets de l'esprit dans les objets de l'esprit.


Observer attentivement le corps



Le premier établissement de l'attention est fondé sur le corps, ce qui inclut le souffle, les positions du corps, les actes du corps, les parties du corps, les quatre éléments composant le corps et la dissolution du corps.

Premier exercice - La respiration consciente

Il va dans la forêt, au pied d'un arbre, ou dans une pièce vide, s'assied jambes croisées ou dans la posture du lotus, le corps droit, et établit l'attention devant lui. Il inspire, conscient d'inspirer. Il expire, conscient d'expirer.

(La première pratique consiste en la pleine conscience de la respiration. Quand nous inspirons ou expirons nous savons que nous inspirons et expirons. En pratiquant ainsi, notre respiration devient une respiration consciente. Cet exercice est simple, pourtant ses effets sont profonds. Pour y arriver, il faut consacrer tout l'esprit à la respiration et à rien d'autre).

Deuxième exercice - Suivre le souffle

- Quand il inspire longuement, il sait : "J'inspire longuement".
- Quand il expire longuement, il sait : "J'expire longuement".
- Quand il inspire brièvement, il sait : "J'inspire brièvement".
- Quand il expire brièvement, il sait : "J'expire brièvement".

(Le pratiquant suit très attentivement sa respiration et fait un avec elle pendant toute la durée de chaque inspiration ou expiration, sans laisser pénétrer aucune pensée ou idée vagabonde. Cette méthode est nommée : "suivre le souffle". Pendant que l'esprit suit le souffle, il est le souffle et seulement le souffle. Au cours de la pratique, notre respiration devient naturellement régulière, plus harmonieuse, plus calme et notre esprit aussi devient de plus en plus régulier, harmonieux, calme. Ce changement apporte des sensations de joie, de paix et d'aisance dans le corps. Quand l'esprit et la respiration deviennent un, l'unité du corps et de l'esprit est toute proche.)

Troisième exercice - Unité du corps et de l'esprit

En inspirant, je suis conscient de tout mon corps, en expirant, je suis conscient de tout mon corps.

(Cet exercice consiste à mettre le corps et l'esprit en harmonie. L'élément utilisé pour le faire est le souffle. Dans la pratique, la distinction entre le corps et l'esprit se dissout. Dans cet exercice, l'objet de notre attention n'est plus simplement le souffle, mais le corps tout entier, car il fait un avec le corps.)

Quatrième exercice - Calmer

En inspirant, je calme les activités de mon corps. En expirant, je calme les activités de mon corps.

(Cet exercice utilise le souffle pour réaliser la paix et le calme dans tout notre corps. Quand le corps n'est pas en paix, il est difficile à notre esprit de l'être. Utilisons notre respiration pour aider les fonctions physiques à être paisibles et régulières. Si le souffle est haletant ou irrégulier, nous ne pouvons calmer les fonctions physiques. La première chose à faire est donc d'harmoniser notre respiration. Les inspirations et les expirations doivent être légères et régulières. Quand le souffle est harmonieux, le corps l'est aussi.)

Cinquième exercice - Conscience des positions du corps

De plus, quand un pratiquant marche, il est conscient: "Je marche". Quand il est debout, il est conscient: "Je suis debout". Quand il est assis, il est conscient: "Je suis assis". Quand il est couché, il est conscient: "Je suis couché". Quelle que soit la position de son corps, il en est conscient.

(Cet exercice consiste en l'observation attentive des positions du corps. Ces pratiques sont utilisables tout au long de la journée pour aider le pratiquant à demeurer dans l'attention quelles que soient leurs occupations.)

Sixième exercice - Conscience des actes physiques

De plus, quand le pratiquant va et vient, il applique la pleine conscience à son mouvement d'allée ou venue. Quand il regarde devant ou derrière, se courbe ou se tient debout, il applique également la pleine conscience à ce qu'il fait. Il applique la pleine conscience en revêtant la robe (Sanghati) ou en portant le bol à aumônes. Quand il mange ou boit, mâche la nourriture ou la savoure, il applique la pleine conscience à tout cela. Quand il excrète ou urine, il applique la pleine conscience à cela. Quand il marche, se tient debout, couché, assis, s'endort ou se réveille, parle ou est silencieux, il éclaire de sa conscience tous ses actes.

(Cet exercice consiste en l'observation et la conscience des actes physiques. C'est la pratique très importante.)

Septième exercice - Les parties du corps

De plus, le pratiquant médite sur son propre corps de la plante des pieds jusqu'en haut, puis des cheveux du sommet de la tête jusqu'en bas, un corps contenu dans la peau et rempli de toutes les impuretés appartenant au corps: "Voici les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la chair, les tendons, les os, la moëlle, les reins, le coeur, le foie, le diaphragme, la rate, les poumons, les intestins, le mésentère, les excréments, la bile, le flegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, le sébum, la salive, le mucus, la synovie, l'urine."

(Cet exercice nous met encore plus profondément en contact avec notre corps. Ici, nous en observons et examinons toutes les parties, depuis les cheveux jusqu'à la peau de la plante des pieds.)

Huitième exercice - Interdépendance du corps et de l'univers

De plus, quelle que soit la position de son corps, le pratiquant passe en revue les éléments qui le constituent: "Dans ce corps, il y a l'élément terre, l'élément eau, l'élément feu et l'élément air."

(Cet exercice nous montre l'interrelation de notre corps et de tout ce qui existe dans l'univers. C'est l'un des principaux moyens de constater personnellement la nature de non-soi, non-né, et sans-mort de tout ce qui existe. Il faut être conscient de la présence des éléments terre, eau, feu et air dans notre corps, enseigne le sutra.) Ce sont les "Quatre grands éléments" (mahabhuta). L'élément terre correspond à la nature solide, dure, de la matière. L'eau correspond à la nature liquide, imprégnante. Le feu correspond à la nature de la chaleur. L'air correspond au mouvement.

Neuvième exercice - Impermanence du corps

Les neuf contemplations (neuf stades de décomposition d'un cadavre)

1) Le cadavre est gonflé, bleuâtre et suppurant.
2) Le cadavre grouille de vers et d'insectes.Corbeaux, faucons, vautours et loups le déchiquètent pour le dévorer.
3) Il ne reste plus qu'un squelette auquel adhèrent encore un peu de chair et sang.
4) Il ne reste plus qu'un squelette taché d'un peu de sang, mais aucune chair.
5) Il ne reste plus qu'un squelette sans aucune tache de sang.
6) Il ne reste plus qu'un amas d'os éparpillés - ici un bras, là un tibia, là un crâne, etc...
7) Il ne reste plus que des os blanchis.
8) Il ne reste plus que des os secs.
9) Les os se sont décomposés et il n'en reste plus qu'un tas de poussière.

Cet exercice aide à voir la nature impermanente, soumise à la décomposition de notre corps. Les objets d'observation attentive sont les neuf stades de décomposition d'un cadavre. Quand nous pratiquons ces neuf exercices donnés par le Bouddha pour observer le corps dans le corps, nous nous concentrons sur le souffle, le corps, les positions, les actes, les différentes parties, les éléments, la décomposition du corps.

En l'observant ainsi, nous sommes en contact direct avec le corps et pouvons voir le processus de devenir et de cessation dans ses composants.)

Selon le sutra, à la fin de chaque exercice de méditation observant le corps dans le corps, il est dit: "C'est ainsi que le pratiquant demeure établi dans l'observation du corps dans le corps - l'observation du corps intérieurement ou extérieurement, ou à la fois intérieurement et extérieurement. Il demeure établi dans l'observation du processus de devenir dans le corps ou du processus de dissolution dans le corps ou à la fois du processus de devenir et de dissolution. Ou bien il est attentif au fait: "Il y a ici un corps", jusqu'à ce que viennent la compréhension et la pleine conscience.

Il demeure établi dans l'observation, libre, n'étant pris dans aucune considération attachée au monde.

(Etre en contact avec ces aspects et capable de voir le processus de naissance et de mort ainsi que la nature de non-soi et interdépendante du corps, c'est le sens de l'observation attentive du corps. Les enseignements de l'impermanence, de l'absence d'un soi et des origines interdépendantes - les trois observations fondamentales du Bouddhisme - sont donc directement compris grâce à la pratique des neuf exercices pour l'observation attentive du corps. Ces neuf exercices peuvent nous libérer et nous éveiller au mode d'existence des choses.)

Dixième exercice - Guérir les blessures par la conscience de la joie

De plus, (bhikku), un pratiquant est conscient du corps en tant que corps, quand, grâce à l'abandon des cinq désirs, une sensation de félicité naît durant la concentration et sature chaque partie de son corps.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps sent la joie qui naît durant la concentration saturer chaque partie de son corps. Il n'y a aucune partie de son corps que n'atteigne cette sensation de joie, née durant la concentration.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps ressent une sensation de bonheur qui naît avec la disparition de la sensation de joie et imprègne tout son corps. Cette sensation de bonheur qui naît avec la disparition de la sensation de joie atteint chaque partie de son corps.

De plus, (bhikku), un pratiquant conscient du corps en tant que corps enveloppe son corps tout entier d'un esprit clair, calme, rempli de compréhension.

(Le but de cet exercice est d'amener l'aisance, la paix et la joie, de guérir tant les blessures du corps que celles du coeur et de l'esprit, de nous nourrir pendant que nous progressons dans la pratique de la joie, et de nous permettre d'avancer loin sur le chemin de la pratique.)

Nous l'avons déjà vu, cet exercice vise à nous nourrir de joie et de bonheur et à guérir nos blessures intérieures. Mais nous n'hésitons pas à lâcher cette joie pour entreprendre le travail d'observation.

Joie et bonheur, étant produits par des conditions physiques et psychologiques, sont aussi impermanents que tout autre phénomènes physique ou psychologique. C'est seulement lorsque, grâce à l'observation attentive, nous saisissons directement la nature impermanente, dénuée d'un soi et interdépendante de tout ce qui existe, que nous pouvons accomplir la liberté et la libération.


Edité par Bhante T. Dhammika

Centre Bouddhiste International de Genève

NIRVANA FOUNDATION