CBI 20171215 Bhante Dhammika Enseignement 3 stades (Texte)


Engagement, Conséquences et Émancipation
(« Assada », « Ᾱdīnava » et Nissarana)


Extrait d’un enseignement donné le 16 décembre 2017
Au Centre Bouddhiste International de Genève


« Lorsque nous réfléchissons sur la vie de Bouddha Siddhārta, selon le texte, on peut considérer trois périodes ou bien trois étapes principales : une période princière, une période ascétique et une période d’un être éveillé. …
Quelles sont ces trois périodes ?
La première période, on dit « assada » : « engagement » dans la vie pour profiter de ses plaisirs. « Assadha » désigne l’attitude essentielle de Siddhārta dans la période où il était bien engagé dans les plaisirs de la vie, en tant que roi, en tant que prince en tant. Et aussi, à la fin de cette période où, pendant six ans de mortifications du corps, à l’extrême, il a tenté de trouver la joie de la vie par la mortification de soi. Cette période est appelée « assada », « engagement ».
Après l’expérience de l’engagement dans la recherche des plaisirs de la vie, la deuxième période désigne celle durant laquelle il a pris conscience des conséquences de ses choix précédents. Cette deuxième période où il a commencé à voir les conséquences est désignée par le terme « sutamaya paññā » car il a accumulé des connaissances qu’il a trouvée par les livres, par l’écoute des enseignements, et par l’expérience de la vie qu’il connaît bien. Il a alors accumulé énormément de connaissances. Comme nous avons actuellement nous-mêmes. Vous avez beaucoup de connaissances, car vous lisez beaucoup, vous écoutez beaucoup, vous entendez beaucoup de choses. Grâce à ça nous accumulons une sagesse par une connaissance livresque. Pendant la période d’engagement dans les plaisirs de la vie, en tant que prince, il atteint une grande maîtrise totale de la connaissance de tous. En écoutant et en lisant les livres ; la connaissance est totalement livresque et obtenue par l’écoute de nombreux enseignements. « Sutamaya paññā » désigne cette deuxième période.
Dans cette deuxième période de sa vie, il a commencé à voir les choses telles qu’elles se présentent comme conséquences bonnes et mauvaises, il avait une connaissance intellectuelle « Chintāmaya paññā » « sagesse intellectuelle ». Nous sommes tellement remplis de connaissances par intellectualité et par la connaissance de livresque. Il a beaucoup de connaissances intellectuelles et aussi livresques « Chintāmaya paññā ». Lorsque vous avez rempli cette connaissance intellectuelle, vous avez toujours envie d’en débattre, d’argumenter et de comparer assez fortement ; on ne peut pas rester tranquille ; on a toujours envie d’argumenter et de débattre des choses rationnelles. Jamais fatigué de discuter, d’argumenter. Ça c’est la nature des connaissances intellectuelles. Siddhārta aussi il a fait la même chose. Pendant la période où il a accumulé la connaissance intellectuelle, « Chintamaya paññā », là c’est la deuxième période qui nous concerne. La connaissance des concepts, au-delà des expériences qu’il a vécues ; des choses très compliquées peut-être, grâce à l’intellectualité, la connaissance intellectuelle. C’est une période de conséquences, quand il a commencé à voir les choses qui ont des conséquences bonnes et mauvaises. Grâce à ces connaissances intellectuelles, grâce à la deuxième période, on dit « voir les conséquences ».
Après cette deuxième période, il a eu la possibilité d’aller émanciper les gens ; aller au-delà des choses qu’il a expérimentées. On dit « Nissarana », « émancipation ». Ces trois périodes sont importantes. D’abord pour « assada », « engagement dans la vie ». Grâce à ces connaissances acquises lors de cet engagement, on peut voir les conséquences. Quand vous avez commencé à voir les causes des conséquences bonnes et mauvaises, vous allez naturellement avancer votre faculté intellectuelle dans l’étape de l’émancipation « Nissarana ».
« Assada » « Ᾱdīnava » et « Nissarana », ce sont les trois périodes. « Assāda », engagement pour les joies de la vie. Et grâce à ça, vous commencez à voir les conséquences. Lorsque vous voyez les conséquences, voilà, vous êtes qualifié pour aller vers l’émancipation. C’est ce qu’à fait Bouddha avec son illusion, quand il est devenu un être éveillé ; avec toute l’expérience qu’il a vécue, il a vu la conséquence. Tout d’abord il a eu une vie de luxe, vraiment de luxe en tant que prince. On ne peut pas imaginer quelle sorte de vie agréable, luxueuse il a vécu, en tant que prince. C’est la période d’assāda qu’on doit considérer.
Dans la deuxième période, il a commencé à imaginer, à voir. Il a commencé à réfléchir avec la connaissance intellectuelle. Il avait beaucoup de lacunes mentales. Il a eu beaucoup de débats, avec lui-même, avec son esprit, par rapport à sa propre expérience. À l’âge de 35 ans, il a vraiment commencé à émanciper le public. Il a eu une émancipation totale à l’âge de 35 ans, en tant que personne ne qui devient un être éveillé. Quand on voit les conséquences on est plus léger, on va oser, on va être qualifier d’être « émancipé », un être qui ose « aller vers l’émancipation ».
Ça fait trois périodes de parcours de la vie de Bouddha. Pendant cette période « assādā », il a eu beaucoup de connaissances livresques, de sagesse livresque, par les livres, par l’étude, par l’écoute des vies quotidiennes diverses. Et puis, il a commencé à encore avancer sa connaissance, par la connaissance intellectuelle. Il pense beaucoup, il réfléchit beaucoup. Il fait beaucoup de débats, pas seulement avec lui-même, mais aussi avec les autres, avec ses cinq compagnons, qui sont autour de lui. Il a fait beaucoup de connaissances intellectuelles. Avec ça, il a essayé d’analyser les choses, trouver des choses dans le sens rationnel.  
Nous sommes tous dans ces deux connaissances. Nous sommes beaucoup dans la connaissance livresque. Nous sommes beaucoup aussi dans la connaissance intellectuelle. Ces deux choses, vraiment, c’est important, c’est utile, mais quand même, les choses qui sont vraiment primordiales, lorsque vous avez tellement de connaissances, vous allez toujours commencer à faire des débats, à dire que vous êtes la meilleure ; de telle sorte, qu’il y a des comparaisons, vous aller comparer. Il n’y a que des fiertés qui augmentent. On dit « mana », « fierté ». Vous êtes fier de vous parce que vous connaissez beaucoup de choses. Votre tête est remplie ; vous avez une « grosse tête » ! Comme Siddhārta, vous avez écouté beaucoup de choses ; vous avez remplis votre tête avec la connaissance. Mais il n’y a vraiment que la fierté qui augmente, « mana », sagesse « paññā », connaissance intellectuelle. Vous allez comme toujours, essayer de faire le débat avec les autres. Vous allez toujours analyser les choses. Vous n’êtes pas tranquille. Mais vraiment on va encore essayer d’aller faire beaucoup de débats avec l’intention d’essayer de se comparer avec les autres. Vous allez toujours, toujours, penser que vous êtes le meilleur et pas les autres. C’est la nature de la connaissance intellectuelle.
Pendant ces deux périodes, « assāda », engagement dans les joies de la vie, et « adhinava », lorsque vous avez compris les conséquences, vous avez rempli ces deux connaissances : livresque et intellectuelle. Le bouddhisme n’accorde pas beaucoup de place pour ces belles connaissances intellectuelle et livresque, parce que vous avez rempli la tête ; vous avez fait un bon stockage de la connaissance, qui va vous déranger, qui va vous augmenter la fierté ; augmenter encore des souillures mentales avec des connaissances. Vous n’êtes pas libre. Vous êtes toujours « engagé » dans les plaisirs de la vie.
La troisième période : « émancipation ». Avec toutes les conséquences de toutes les choses que vous avez vécues comme expériences, vous avez bien avancé, vous avez bien envie d’aller au-delà, pour trouver l’« émancipation" ou « libération » : « Nissārana ». C’est comme ça que Bouddha est devenu un être éveillé. Siddhārta est devenu un être éveillé parce qu’il a vraiment passé ces trois périodes, comme il faut.
Alors cette troisième connaissance dont nous bénéficions aujourd’hui, à notre époque, c’est d’avoir la connaissance expérimentale « bhāvanā-maya-paññā ». C’est la sagesse que nous trouvons par notre propre pratique. C’est vraiment la connaissance de notre sagesse que nous trouvons avec la pratique, avec l’expérience personnelle. Par investigation directe comme l’a fait le Bouddha ; par expérience directe. Ce n’est pas l’expérience que vous trouvez dans la connaissance livresque ; ni par l’intellectualité. C’est vraiment votre propre expérience : « bhāvanāmaya-paññā », la sagesse expérimentale. Lorsque vous arrivez à cet état, d’avoir cette sagesse expérimentale, vous êtes comme une branche d’arbre qui est pleine de fruits, de beaucoup de fruits, qui commence à se courber vers le sol. Vous allez être beaucoup plus flexible, voyez, comme une branche d’arbre qui a beaucoup de fruits, elle ne pourrait pas rester en l’air, mais elle va descendre, elle va plier, elle va être humblement courbée. Vous allez commencer à avoir cette qualité d’humilité, d’être humble en tant qu’humain. Vous n’allez pas avoir la fierté ; vous êtes très simple. Vous savez ce que c’est que quelqu’un très simple, flexible et qui a beaucoup d’humilité ?
Alors, première connaissance, la connaissance intellectuelle et la connaissance livresque, qui a pleinement rempli la tête ; il y a beaucoup de stockage des connaissances, c’est vrai, mais il y a toujours une grande fierté. Lorsque vous avez expérimenté par votre propre mental, eh bien, vous allez commencer à vouloir aller au-delà de la connaissance. Vous êtes quelqu’un de simple, vous êtes quelqu’un d’agréable. Vous êtes quelqu’un de bien avec beaucoup de flexibilité. Ça c’est la différence entre la connaissance livresque et intellectuelle, et la connaissance expérimentale. Une grande différence. Vous ne voulez pas vous limiter par des connaissances illusoires ; vous voyez les choses telles qu’elles se présentent ; il n’y a pas de discussion ; il n’y a pas de débats ; il n’y a pas d’argumentation ; il n’y a pas de spéculation mentale. Il n’y a plus de différence entre chaud et froid, entre noir et blanc. Il n’y a pas de différence. Vous allez commencer à voir les choses telles qu’elles se présentent. C’est là, vraiment la connaissance de la vision panoramique ; de la vision que nous trouvons par la pratique de l’inspection profonde « vipassana », « vipassana », « vipassana ».
Ok ? C’est ça, vraiment que nous devrions faire. Alors, Bouddha a vécu tout cela, et puis c’est comme ça qu’il a eu l’émancipation enfin, en tant qu’une personne comme être éveillé, illuminé. C’est ça ! C’est très important ça ! Les connaissances livresques, les connaissances intellectuelles. Nous sommes beaucoup, beaucoup, remplis de ces deux domaines de connaissances. Plus vous avez rempli votre tête par la connaissance livresque et intellectuelle, moins vous avez de sagesse expérimentale. C’est la raison pour laquelle nous sommes encore là, pour méditer encore. Ok ? Alors, il faut que nous essayions vraiment d’approcher de l’attitude de l’arbre dont la branche pleine de fruits est courbée.
La troisième période à considérer : la connaissance ou la sagesse que nous trouvons par notre propre expérience, comme Bouddha a vécu, dans son parcours. C’est très important ! Où il n’y a pas de fierté, où il n’y a pas d’autres souillures mentales. Vous êtes quelqu’un de simple, agréable, vous êtes beau, bon. Vous avez beaucoup de flexibilité. Vous allez être tel quel avec toutes les conséquences. Vous allez essayer d’adopter ou d’accepter toutes les choses à tous les niveaux, de toutes les manières qu’elles viennent. Vous ne voyez pas la différence. Vous ne voulez pas comparer. Vous êtes là. C’est vraiment accepter en tant qu’être humain. On dit un être humain « noble ». Pas un être humain ordinaire. Vous êtes déjà Arahant. Vous êtes déjà vraiment allé au-delà de la vie quotidienne. Au-delà de toutes les connaissances que vous avez vécues en tant qu’humain, actuellement. C’est la raison pour laquelle la méditation est très importante. C’est seulement par la pratique que vous pouvez expérimenter cette troisième sagesse très importante, qui va au-delà, du niveau de notre expérience ordinaire personnelle ; la sagesse expérimentale ou sagesse des propres connaissances que nous ne trouvons pas autrement que par la pratique de la méditation.  Comme l’expérience directe qu’a pu faire le bouddha.
Si vous n’avez pas vécu l’expérience d’engagement(Assada) vous ne pourriez pas voir les conséquences, (Adinava) et si vous n’avez pas vu les conséquences, c’est évident vous ne pourriez pas émanciper. (Nissarana) Emancipation est possible lorsque vous voyez les conséquences suffisent.   

Ainsi, il y a trois sortes d’expériences : engagement, conséquences et émancipation. Tout d’abord, Assada, l’engagement dans les plaisirs de la vie, la première étape ; Ᾱdīnava , la compréhension des conséquences ; et la troisième étape, la plus avancée, la plus importante, on s’est émancipé ; émancipation. Comme dans cette période-là, on doit oser expérimenter toutes les trois connaissances, les trois sagesses. Tout d’abord sagesse livresque, sagesse intellectuelle et sagesse expérimentale. Lorsque vous allez commencer à expérimenter bhāvanā, sagesse bhāvanāmay paññā, vous êtes déjà comme un bouddha, vous êtes déjà comme un arahant, un être qui commence à être éveillé. C’est ça les trois choses très importantes selon la pensée de Bouddha : assada, adhinava et nissarana ; engagement, conséquences et émancipation. Les trois connaissances, connaissance livresque, connaissance intellectuelle, nous avons pleinement rempli ces deux connaissances, c’est vrai, intellectuellement, vous êtes encore en train d’essayer d’analyser les choses, de faire des débats. Il y a beaucoup de désagrément mental ; on a toujours envie de prouver et de montrer quelque chose parce qu’on est meilleur(e) que les autres. C’est la conséquence que nous voulons vraiment être quelque chose. Il y a une grande fierté en nous et au-dessus de nous, en nous par rapport à notre connaissance, par rapport à nous, parce que nous existons, donc j’ai une énorme fierté. Mais la troisième connaissance est la plus importante, c’est la connaissance expérimentale « bhāvanāmaya-paññā ».
Lorsque vous commencez à expérimenter avec la pratique, « bhāvanā-maya-paññā », vous allez commencer, là, à approcher vraiment de la vraie nature. Vous êtes quelqu’un comme un arbre, ou quelque chose comme un objet qui accepte tout : les brûlures, le soleil, et tout, toutes les conséquences que vous voulez expérimenter. Vous êtes là. Vous êtes bien adapté. Vous allez être avec tout. Il n’y a pas de perturbation mentale. Il n’y a pas de bouleversement mental. Vous êtes là. Avec le sourire, avec un beau sourire. Merci beaucoup.


Bhante Dhammika Tawalama
CBI de Genève
16 décembre 2017